La responsabilité civile professionnelle du marchand de biens : est-elle obligatoire ?

Lorsque vous exercez une activité de marchand de biens, chaque opération comporte une part de risque. Un voisin peut subir un dommage pendant un chantier, un acquéreur peut se blesser lors d’une visite ou encore un tiers peut rechercher votre responsabilité à la suite d’une erreur commise dans le cadre de votre activité. Dans ce contexte, de nombreux marchands de biens s’interrogent sur l’intérêt de souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle (RC Pro).

Bien qu’elle ne soit pas, en principe légalement obligatoire, elle constitue l’une des premières assurances à envisager pour protéger votre activité.

Dans cet article, nous faisons le point sur son caractère obligatoire, les risques qu’elle couvre et les critères à analyser avant de souscrire un contrat.

Dans cet article

1. Qu'est-ce qu'une assurance responsabilité civile professionnelle (RC PRO) ?

La responsabilité civile professionnelle (RC Pro) est une assurance destinée à prendre en charge les conséquences financières des dommages que votre société pourrait causer à des tiers dans le cadre de son activité.

Elle couvre généralement :

  • les dommages corporels ;
  • les dommages matériels ;
  • les dommages immatériels, qu’ils soient consécutifs ou non à un dommage matériel.

Son objectif est de protéger votre société lorsqu’un tiers engage votre responsabilité civile et sollicite l’indemnisation d’un préjudice.

En pratique, la RC Pro intervient principalement lorsque votre activité de marchand de biens cause un dommage à un tiers et que votre responsabilité est engagée.

2. La RC Pro est-elle obligatoire pour un marchand de biens ?

2.1 En principe, non

À ce jour, aucun texte n’impose au marchand de biens de souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle pour exercer son activité d’achat-revente de biens immobiliers. Contrairement à certaines professions réglementées (agents immobiliers, architectes, experts-comptables…), la RC Pro ne constitue donc pas une condition légale d’exercice.

Vous pouvez créer votre société et réaliser vos opérations sans être juridiquement tenu de souscrire cette assurance.

2.2 En pratique, elle est fortement recommandée

L’absence d’obligation légale ne signifie pas que cette assurance soit facultative dans les faits.

Les principaux syndicats professionnels du secteur immobilier exigent d’ailleurs de leurs adhérents qu’ils soient couverts par une assurance responsabilité civile professionnelle. Cette exigence illustre l’importance accordée à cette assurance par les professionnels du secteur.

Pour un marchand de biens, la RC Pro constitue avant tout un outil de gestion des risques.

3. Pourquoi souscrire à une RC Pro ?

Votre activité vous expose quotidiennement à des situations susceptibles d’engager votre responsabilité.

À titre d’exemple :

  • un voisin subit des dommages pendant un chantier ;
  • un visiteur se blesse lors d’une visite d’un immeuble en travaux ;
  • un dégât des eaux provoque un préjudice chez un tiers ;
  • une erreur de votre société ou de vos sous-traitants entraîne un dommage.

Même si ces situations restent relativement rares, leur coût peut rapidement devenir très important.

Selon les garanties souscrites, votre RC Pro peut notamment prendre en charge :

  • les indemnisations dues aux tiers ;
  • les frais d’expertise ;
  • les frais de défense devant les juridictions civiles ou pénales.

Sans assurance, ces dépenses restent intégralement à votre charge.

Remarque : vos partenaires peuvent également l’exiger

Même lorsqu’aucune obligation légale n’existe, certains partenaires exigent la souscription d’une RC Pro. C’est notamment le cas de certains établissements bancaires, d’investisseurs, de collectivités publiques, de partenaires institutionnels.

La souscription d’une RC Pro devient alors une obligation contractuelle et non une obligation légale.

4. Que couvre une RC Pro ?

Le contenu des garanties varie selon les assureurs et les contrats.

En pratique, une RC Pro couvre fréquemment :

  • les dommages corporels, matériels et immatériels causés aux tiers ;
  • les dommages résultant d’une faute, d’une erreur, d’une omission ou d’une négligence ;
  • les dommages causés par vos salariés ou vos sous-traitants lorsque votre responsabilité est engagée ;
  • les frais de défense et de recours.

Certains contrats proposent également des garanties complémentaires, telles que la prise en charge de certains frais de référé ou la protection des documents ou supports d’information confiés.

Toutes les assurances RC Pro ne proposent pas les mêmes garanties. Les couvertures, plafonds, franchises et exclusions varient sensiblement d’un assureur à l’autre. Il est donc indispensable de vérifier précisément le contenu du contrat avant toute souscription.

5. Tous les contrats ne se valent pas

Lors du choix de votre assurance, le montant de la cotisation ne doit jamais être votre seul critère de décision. Avant de souscrire, nous vous recommandons notamment d’analyser :

  • les activités réellement couvertes ;
  • les plafonds d’indemnisation ;
  • les franchises applicables ;
  • les exclusions de garantie ;
  • les frais de défense pris en charge ;
  • les garanties optionnelles.

Les contrats sont souvent rédigés de manière restrictive et certaines situations propres à votre activité de marchand de biens peuvent être exclues.

Il est également essentiel de décrire précisément votre activité auprès de votre assureur (achat-revente, rénovation lourde, division, surélévation, etc.) afin de bénéficier d’une couverture adaptée.

Une assurance moins coûteuse peut parfois offrir une protection beaucoup plus limitée. Comparez toujours les garanties avant de comparer les tarifs.

6. Une attention particulière à la durée de la garantie

La responsabilité d’un marchand de biens peut être recherchée plusieurs années après la réalisation d’une opération. Il est donc essentiel de vérifier les clauses relatives :

  • à la durée de la garantie ;
  • à la reprise du passé ;
  • aux modalités de prise en charge des réclamations formulées après la résiliation du contrat.

Ces éléments sont souvent sous-estimés alors qu’ils peuvent avoir des conséquences importantes plusieurs années après la revente d’un immeuble.

7. Quel contrat choisir ?

Le choix du contrat dépend principalement de votre mode d’exercice.

  • Si vous réalisez des opérations de manière régulière, un contrat annuel sera généralement le plus adapté.
  • En revanche, si vous réalisez uniquement quelques opérations ponctuelles, certains assureurs proposent des contrats souscrits par opération, qui peuvent s’avérer plus pertinents.
  • De même, si vous exercez votre activité au travers de plusieurs sociétés, il peut être intéressant d’étudier la possibilité de mettre en place un contrat groupe, permettant de couvrir l’ensemble de vos structures.

Avant toute souscription, prenez le temps d’échanger avec votre assureur ou votre courtier afin que votre contrat reflète la nature de vos opérations. Une société réalisant uniquement des travaux de rafraîchissement ne présente pas les mêmes risques qu’un marchand de biens spécialisé dans la restructuration lourde ou la surélévation.

8. La RC Pro couvre-t-elle les travaux ?

La RC Pro ne remplace pas :

  • l’assurance décennale ;
  • l’assurance dommages-ouvrage ;
  • l’assurance Tous Risques Chantier.

Ces assurances poursuivent des objectifs différents.

La responsabilité civile professionnelle couvre essentiellement les conséquences financières des dommages causés à des tiers dans le cadre de votre activité. Elle ne garantit pas les désordres de nature décennale affectant un ouvrage.

Remarque : Nous consacrerons un article dédié à chacune de ces assurances.

9. Tableau récapitulatif

QuestionRéponse
La RC Pro est-elle obligatoire ?Non, en principe.
Est-elle recommandée ?Oui, fortement.
Que couvre-t-elle ?Les conséquences financières des dommages causés aux tiers dans le cadre de votre activité.
Les contrats sont-ils identiques ?Non. Les garanties, franchises et exclusions varient selon les assureurs.
Peut-on souscrire un contrat par opération ?Oui, certains assureurs le proposent.
Peut-on assurer plusieurs sociétés ?Oui, via un contrat groupe selon les assureurs.

10. La RC Pro est-elle suffisante pour exercer votre activité ?

La responsabilité civile professionnelle constitue une assurance essentielle, mais elle ne couvre pas l’ensemble des risques auxquels vous êtes exposé dans le cadre de vos opérations immobilières.

Selon la nature de vos projets, d’autres assurances peuvent être nécessaires afin de protéger votre responsabilité en tant que constructeur ou votre immeuble pendant sa période de détention.

Il est donc recommandé d’analyser chacune de vos opérations dans sa globalité afin de mettre en place une couverture adaptée.

Conclusion

La responsabilité civile professionnelle n’est pas, en principe, une assurance obligatoire pour exercer l’activité de marchand de biens. En revanche, elle constitue dans la pratique une protection fortement recommandée afin de sécuriser votre activité et de limiter les conséquences financières d’un sinistre.

Avant de souscrire à un contrat, prenez le temps d’analyser les garanties proposées. Au-delà du montant de la cotisation, ce sont les exclusions, les plafonds d’indemnisation, les franchises et la durée de la couverture qui feront la différence en cas de mise en jeu de votre responsabilité.

Enfin, gardez à l’esprit que la RC Pro ne couvre pas l’ensemble des risques liés à une opération immobilière. Selon la nature de vos travaux, d’autres assurances pourront également être nécessaires.

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Julie LE ROY

Experte-comptable et fondatrice de Fintaé

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