Frais d’emprunt marchand de biens : traitement fiscal et comptable

En tant que marchand de biens, vous êtes fréquemment amené à recourir à l’emprunt pour financer vos opérations, vos travaux ou vos frais annexes. Les frais liés à ces financements (intérêts, frais de dossier ou de commissions) représentent un poste de coût important dans vos opérations.

Mais comment doivent-ils être comptabilisés ? Peuvent-ils être intégrés au coût de revient de vos biens immobiliers stockés ? Quelles sont les conséquences fiscales du choix retenu ?

Dans cet article, nous faisons le point sur le traitement comptable et fiscal des frais d’emprunt dans le cadre d’une activité de marchand de biens.

Pour optimiser la gestion de votre activité, il est vivement conseillé de faire appel à un expert-comptable spécialisé dans l’activité des marchands de biens.

Dans cet article

1. Comment les frais d'emprunt sont-ils traités ? Deux options possibles

Conformément à l’article 213-9-1 du Plan Comptable Général (PCG), deux méthodes sont autorisées pour comptabiliser les frais d’emprunt :

Option 1 - Enregistrement en charges

Les frais d’emprunt sont imputés en charges financières de l’exercice au cours duquel ils ont été engagés. Cette approche est simple et permet une déduction immédiate.

Option 2 - Incorporation au coût du bien (en stock)

Les frais peuvent être intégrés au coût du bien stocké, à condition que :

  • L’opération implique des travaux ;
  • La durée de ses travaux soit significative (généralement supérieure à 12 mois) ;
  • Les frais soient directement attribuables à l’opération concernée.

A noter : cette option ne peut pas s’appliquer à des opérations de pure spéculation (achat-revente sans travaux). Il doit y avoir un véritable processus de création de valeur.

Important : l’option prise doit être mentionnée dans l’annexe des comptes annuels. Elle devient irrévocable et s’appliquera à toutes les opérations similaires à venir (stocks ou immobilisations).

2. Quelles sont les conséquences fiscales de ces options ?

Conformément à l’article 38 undecies de l’annexe III du CGI, le traitement fiscal des frais d’emprunt suit le traitement comptable :

  • Si les frais sont passés en charges, ils sont déductibles immédiatement ;
  • S’ils sont intégrés au coût du stock, ils deviennent déductibles à la revente du bien.

Cette option fiscale est globale et doit être appliquée à tous les actifs comparables concernés.

3. Quels frais peuvent être intégrés

Les frais d’emprunt concernés sont l’ensemble des coûts directement liés au financement de l’opération :

  • Les intérêts d’emprunt ;

  • Les intérêts de découvert bancaire ;

  • Les commissions bancaires liées à la mise en place de l’emprunt ;

  • Les frais de dossier ;

  • Les frais liés à la garantie ou à l’assurance emprunteur, selon leur nature.

Ces frais doivent être distinctement identifiables et directement affectés à l’opération financée.

4. Période d’activation des frais d’emprunt

Les frais d’emprunt peuvent être activés (stockés) à partir de la date de décision d’acquisition jusqu’à l’achèvement des travaux, c’est-à-dire jusqu’au moment où le bien est en état d’être mis en vente.

Passés ce délai, les frais ne peuvent plus être incorporés au coût du stock. Ils deviennent alors des charges financières classiques, déductibles au titre de l’exercice où ils sont engagés.

5. Quelle stratégie adopter en pratique ?

Le choix entre comptabilisation en charges ou activation dépend de plusieurs paramètres :

  • La durée de l’opération : un projet long justifie plus facilement l’activation ;
  • Votre stratégie fiscale (lissage ou maximisation du résultat) ;
  • Le mode de financement de votre société ;
  • La présentation de vos comptes aux tiers (banques, investisseurs).

Attention : l’incorporation des frais d’emprunt au coût du stock augmente la valeur d’actif, ce qui améliore votre résultat comptable à court terme, mais réduit mécaniquement votre marge lors de la revente.

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Julie LE ROY

Experte-comptable et fondatrice de Fintaé

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